Charte de Fondation de L’Abbaye de Bassac en 1017

          "Je possède en effet, dans mon patrimoine, un village nommé Bassac, dans l’évêché de Saintes, qui m’a paru tout-à-fait convenable pour ce dessein. D’un côté, en effet, se trouvent la Charente, des bois, des prés et des moulins ; de l’autre, des bosquets, des jardins, des vignes et des terrains fertiles propres à la culture. Islon, évêque de Saintes, s’étant rendu sur place, selon l’usage épiscopal, a tracé les fondations du monastère, et sur ses pieuses exhortations et ses conseils, j’ai pris en charge cette grande entreprise. Que dirai-je d’autre ? Le monastère entrepris et convenablement achevé, et y ayant fait venir des moines, j’ai conféré avec mes amis, pour savoir comment je disposerais de mes biens pour que ces moines puissent y vivre selon leur règle. C’est pourquoi, moi, Wardrade, sus-désigné, je donne au Seigneur Dieu et aux dits habitants du monastère Saint-Etienne de Bassac et à leurs successeurs, à perpétuité, ma forêt de Marive, prés, boqueteaux et jardins, eaux et moulins, et tout ce qui l’entoure et m’appartient. De même, le bourg où est situé le monastère et toute la terre qui l’environne, paroisse et dîme, les revenus, toutes les coutumes, les maisons, manses et jardins, bois, prés et vignes, et mes champs et d’autres produits de la terre, et le champ de Saint-Romain, et le bois d’Ardenne, haies, vignes,terres situées devant le bois, et tout le revenu de la paroisse. En outre, tout mon alleu, où qu’il soit situé, et tout ce qui est réputé m’appartenir".

Procès verbal des enquêteurs délégués par l’évêché de Saintonge en 1630 à l’abbaye de Bassac.

           "Sommes entrés dans la nef de laditte eglize où il y manque la porte de l’entrée de ladicte eglize. Laquelle nef nous avons trouvée toute descouverte, et deux des voultes les plus proches de la grande porte rompues et renversées par terre ; les deux autres voultes tirant vers le grand hautel persées en plusieurs endroicts, et à l’une d’icelles manque un arseau faict en arc de cloistre quy est tumbé par terre, et à quoi, s’il n’y est remédié promptemant, y a danger de ruine entière, et pour lesquelles réparations faire est nécessaire de reffaire le degré qui monte au clocher où il faict bezoing vingt marches ou environ. Et de laditte eglize sommes entrés dans une chapelle, à main sénestre, où ce faict le service divin, qui est voultée et couverte de tuilles ; et de laditte chapelle nous sommes transportés dans une autre chapelle quy est du costé du midy, quy autrefois estoit voultée de deux voultes et dont il y en a une à présant rompue et la muraille quy la supportoit du costé du couchant desmolie, et ce quy est resté est découvert. De laditte chapelle nous sommes transportés ès cloistres, lesquels avons trouvés ruynés entièremant fors quelques voultes qui restent lesquelles sont menacées de ruine pour n’estre couvertes. Avons veu pareillement le lieu où nous a esté dit quy souloit autresfois estre les dortoirs desquels il ne reste que quelques murailles quy sont la plus part ruynées, et le lieu où estoit le chapitre au dessoubs du dit dortoir tout ruiné, excepté une partye des voultes, quy restent quy sont soustenues par quelques piliers, lesquels dicts cloistres, dortoirs et chapitre ne ce peuvent réparer sans de grands frais et despans. [Nombre de pièces sont] desplanchées, n’y restant que les poutres et soliveaux".

La congrégation de Saint-Maur

              En 1618, le roi Louis XIII permet la création d’une nouvelle congrégation bénédictine qui se met sous le patronat de saint Maur qu’on prend alors pour l’introducteur de la règle de saint Benoît en France. Celle-ci souhaite introduire dans les monastères français, une réforme de la vie monastique devenue nécessaire au XVII siècle, suite aux grands bouleversements causés le siècle précédent par les guerres de religion.

Cette congrégation a aussi pour objectif de restaurer les monastères détruits par ces mêmes guerres. Don Tarisse supérieur général du mouvement de 1630 à 1648 y apporta une organisation toute en finesse et diplomatie qui fut certainement l’une des raisons de la réussite de l’œuvre. On voit par exemple que les moines qui refusaient d’entrer dans la congrégation même quand leur abbaye s’y était affiliée, avaient quand même le droit d’exiger de celle-ci le couvert tant qu’ils restaient dans leur monastère.

Pas loin de 200 abbayes ou prieurés firent ainsi partie de la congrégation dont certaines très connues par leur emplacement ou par l’ancienneté de leur fondation. (Saint-Germain-des-près la maison-mère, le Mont-Saint-Michel). Les Mauristes disposant ainsi d’un fort capital de manuscrits et d’archives historiques se lancèrent dans l’étude et le travail intellectuel, qui devint l’un des piliers de l’ordre créé. De là nous vient l’expression « un travail de bénédictin ». Dom Mabillon qui rédigea l’histoire des bénédictins en s’aidant des archives des monastères, fut un des premiers à s’interroger sur la méthode de travail de l’historien, et le traitement des informations subséquent par exemple à une découverte de cet ordre.

Laissant derrière elle, un gigantesque travail d’érudition et une grande quantité d’édifices restaurés, la congrégation disparut en septembre 1792 quand le supérieur général Dom Ambroise Chevreux ainsi que d’autres moines furent tués par les révolutionnaires. Personne ne réussit ensuite à relever la congrégation de Saint-Maur.